Cette seconde semaine de présence en Colombie a été marquée par différents évènements : la régulation de notre situation, la rentrée en uniformes, les premières grèves scolaires et nos premiers biscuits 😉
Lundi, comme évoqué dans le précédent article, nous avons accompagné les enfants pour la première journée avec les uniformes de l’école. Pour nos enfants, le lundi sera la seule journée où les 3 enfants auront l’uniforme officiel car les 4 autres jours, au moins un des enfants portera l’uniforme de sport, toujours floqué aux couleurs et emblème de l’école.
Baptiste terminant les cours à 12h et Pierre et Apolline à 13h, nous profitons de cette heure avec Baptiste pour réaliser des courses ou flâner dans les rues. Cette semaine, c’était photo en uniforme pour Baptiste afin d’en fournir 3 pour le dossier scolaire.

Mercredi, grosse journée pour nous puisque nous avons dû aller à Bogota pour faire apposer notre visa sur le passeport. Le départ étant programmé à 4h20 de la fondation, nous avons fait dormir les enfants dans un dortoir de la maison des enfants afin qu’ils puissent être gérés le matin par les sœurs avec les autres enfants. Départ de Villa de Leyva à 5h par le bus Libertadores en direction de Bogota. Nous en profitons pour finir notre nuit et découvrir les paysages sur la route montagneuse qui nous conduit vers la capitale du pays. Ce qui est difficile pour Anne est de laisser nos enfants à des personnes de confiance et en même temps que les enfants connaissent depuis peu. Nous avons donc demandé que nos enfants soient accompagnés sur le chemin de l’école. C’est à la fois, faire confiance en nos enfants, aux personnes qui les entourent.
Nous arrivons au terminal nord de Bogota vers 7h30 où l’altitude (2650 mètres) nous impose de porter un gilet pour une fois. Nous pouvons constater les embouteillages qui existent à Bogota (Le jour de notre arrivée, c’était une journée sans voiture à Bogota et nous avions déjà trouvé que la circulation était déjà importante avec uniquement les taxis, bus et camion). Et encore, il faut vous expliquer qu’à Bogota une règle a été mise en place : les véhicules des particuliers ne peuvent rouler qu’un jour sur deux : les plaques finissant par un chiffre pair un jour et les plaques impaires le lendemain.

Nous empruntons ensuite le TransMilenio, genre de Busway, qui dispose des voies centrales réservées pour traverser toute la ville. Comme à Paris dans le métro aux horaires d’embauches, les bus sont pleins à craquer. Nous descendons quelques arrêts plus tard pour rejoindre la migration colombienne. Sur le chemin nous rencontrons pléthores de marchands dans la rue : Jus de fruits, chips, cirages de chaussures, chaussettes, installations de protections d’écrans de téléphones… Elisabeth nous explique que ces ventes sont maintenant interdites dans les rues mais que c’est plus ou moins appliqué. A Villa de Leyva par exemple, c’est complètement appliqué, aucun marchand ambulant n’est présent dans les rues.


La migration se trouve dans la Calle 100. Contrairement à la France, et comme aux Etats Unis, les rues sont nommées par des numéros. Nous avons donc des « Calle » dans un sens et les perpendiculaires s’appellent les « Carrera »

Au bâtiment de la migration, nous prenons notre ticket pour attendre notre tour. Une heure plus tard, c’est à notre tour. En 2 minutes chrono, notre visa est apposé sur le passeport et nous pouvons repartir vers Villa de Leyva. Nous reprenons l’ascenseur pour descendre et remarquons une autre particularité : en Colombie le RDC n’existe pas, ils l’appellent le niveau 1.

Nous reprenons les Transmileno pour quelques rues car nous devons passer récupérer un colis laissé à Bogota lors de son arrivée de France par une sœur qui allait dans une autre cité de Dieu. Le colis est chez un ancien frère de la fondation où nous habitons qui a arrêté son noviciat pour revenir dans la vie civile. Il est maintenant responsable d’un centre d’accueil pour personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Nous en profitons pour visiter les lieux, prendre un café et écouter ses débuts dans le centre où il nous explique que l’ancienne directrice est partie avec les pensions des résidents provoquant des problèmes financiers.
Nous repartons vers le Terminal Nord pour prendre notre ticket de bus avec une vue sur les montagnes où les maisons sont colorées. Nous avons vu 2 flancs de montagne comme ceux-ci, à priori des lieux jolis de loin mais où nous touriste nous devons éviter d’aller.

Une heure d’attente nous permet de prendre notre repas dans un fast food. Retour au terminal pour attendre notre bus, nous pouvons constater que tous les bus au départ sons scellés par un autocollant. Sœur Elisabeth n’avait jamais vu ceci, nous en déduisons qu’ils ont mis ceci en place pour essayer de réduire toute la corruption qui existe dans les transports.


Nous montons dans notre bus, une fois scellé comme les autres nous prenons le départ. 100 mètres plus loin, une voiture nous attend. Le bus s’arrête, le chauffeur ouvre la porte, la scellée est détruite… Nous chargeons un colis long de 4 mètres dans l’allée centrale et le chauffeur prend ses 30000 pesos de commissions… Nous repartons et 300 mètres plus loin, nouvel arrêt pour prendre 2 personnes qui paieront elles aussi une commission au chauffeur à leur descente. Nous prenons la route vers Villa de Leyva mais une heure plus tard, nous sommes à l’arrêt sur la 4 voies. Nous attendrons 1h30 sur place, un bus étant couché sur la route 3 Km plus loin. On en profite pour regarder le film « Gratte-ciel » et le chauffeur en profite pour faire monter un marchand ambulant avec son panier de soda, gâteaux et chips… et bien sûr prendre une petite commission au passage 😉 Après 5h de trajet, nous rentrons à la maison, une journée passée pour un rdv de 2 minutes. Avec la fatigue et une prise de conscience de la dangerosité des routes, surtout de la manière dont les conducteurs roulent (voie de gauche ou droite, doubler à tout va…), nous rentrons vannés et peu rassurés sur les moyens de transport. Nous rappelons que la vitesse maximale autorisée en Colombie est de 80 km/h…

Jeudi, les enfants restent à la maison puisque les profs des écoles sont en grève. Pour le gouter, nous fêtons les 5 ans de la petite Valentina et les 19 ans de Laura, la collègue d’Anne à la crèche. Nous en profitons pour demander à frère Emmanuel de nous prendre rendez-vous pour le lendemain à la migration de Tunja afin de nous faire faire une carte d’identité, obligatoire y compris pour les étrangers.

Vendredi, nouveau jour de grève pour les enfants. De notre côté, nous filons vers Tunja, le chef-lieu de la région de Boyaca où nous habitons. C’est à 35km de Villa de Leyva et nous y allons en bus car le Vendredi la voiture de Sœur Elisabeth n’est pas autorisée. Contrairement à Bogota où les voitures ont le droit un jour sur deux en semaine (plaque paire et impaire), à Tunja 2 numéros sont interdits par jour (Le vendredi les plaques terminant par 0 et 1 sont interdites). Tunja est à 2900 mètres d’altitude, compte 200 000 habitants et est aussi très polluée.
Nous arrivons à l’heure à la migration et la dame nous dit que nous n’avons pas rempli le dossier en ligne… Pourtant, le mercredi frère Emmanuel nous avait dit que nous n’avions rien à faire de plus. Bref, nous repartons et cherchons un cyber café pour faire les démarches par internet. Nous en trouvons un à quelques rues pour 1200 pesos de l’heure (33 cts d’euros). Nous réalisons les démarches pendant que les professeurs manifestent dans la rue pour leurs conditions de travail et salaires. Nous retournons ensuite à la migration avec notre dossier complet. Une photo, nos empreintes digitales et une signature plus tard, c’est validé nous aurons dans 5 jours notre « Cedula » à venir chercher bien sûr, les envois de courriers étant presque inexistants et chers en Colombie. Il restera maintenant à faire la même procédure pour les enfants, visas et Cedula. Nous sommes pour le moment en attente de l’administration française.

Le vendredi soir, notre chargé de mission Bernadette Caffier de la DCC est venue nous voir. Après avoir passé 15 jours en Argentine, elle passe actuellement une semaine en Colombie pour prospecter des nouveaux partenaires pour de futurs volontaires. Le lendemain, au petit déjeuner Bernadette nous offre des produits français pour le bonheur des enfants et parents : saucisson, foie gras, pâte à tartiner et poster géant de Paris à colorier ;).

Nous avons passé des temps d’échange avec Bernadette qui connait bien le pays et les volontaires. Elle nous a permis de nous poser des questions, de prendre de la hauteur et aussi de nous conseiller sur les temps en famille à ne pas négliger et de trouver notre rythme. Ce temps de suivi par la DCC est bien tombé car cela m’a fait du bien de discuter de notre quotidien.
Le samedi, nous profitons de l’après-midi pour cuisiner avec les enfants. Au programme : biscuits sablés pour le soir car nous recevons toutes les communautés de la fondation et lasagnes pour le dimanche car nous avons pris notre tour pour la cuisine car il n’y a pas de cuisinière le dimanche. Les 80 biscuits en forme de papillon, lion, éléphant et chouette sont tous partis, très appréciés.



Le dimanche, nous complétons le repas de lasagnes avec un jus de maracuya. On a super bien mangé 😉 Nous discutons aussi avec Domitille qui est une volontaire ergothérapeute envoyée par Fidesco (Organisme identique à la DCC) sur Bogota. Elle passera 2 jours ici avec son ami. Nous lui demandons de nous mettRe en relation avec une famille volontaire Fidesco qui est en mission à Bogota depuis septembre avec 4 enfants, ce qui nous permettra de faire du lien.

Le weekend sera marqué par un temps particulier : orages et pluies qui permettent de radoucir les températures, de faire des fuites dans les bâtiments, des piscines par terre…
Plusieurs difficultés cette semaine-ci, nous comprenons que Apolline et Pierre sont dans des classes avec les enfants qui ont un an de moins. En même temps, Pierre doit beaucoup écrire ce qui est écrit par la maîtresse au tableau. Nous pensons que pour Pierre, il serait bien qu’il reste dans la même classe. Pour Apolline, qui se retrouve à découvrir les lettres et les chiffres 0 et 1, cela l’amène à de l’ennui et aussi beaucoup de pleurs le soir et le matin. Elle exprime aussi qu’il y a énormément de bruit en classe surtout quand la maîtresse laisse la classe, à ce moment-là, c’est même des bagarres et des objets qui volent en classe. La sensibilité d’Apolline l’amène à pleurer lorsque le bruit est insupportable. Les soirs de veille d’école, Apolline s’endors d’épuisement en pleurant dans les bras de maman et en répétant qu’elle ne veut pas retourner à l’école. Elle pleure aussi de plus en plus sur les trajets le matin. Nous pensons qu’il serait bien de proposer au coordinateur qu’elle monte d’une classe pour au moins résoudre l’ennui et le sentiment qu’elle régresse. Nous trouvons que le niveau en langue locale est assez bon, en anglais surtout. Malheureusement, nos petits matheux sont malheureux car le niveau est très bas. Apolline et Pierre sont plutôt contents de continuer les cahiers Litchi et Picbille de l’école française.
Nous devons aussi gérer la fatigue de chacun et cela se traduit par des prises de bec et des manières de parler qui nous échappent entre tous les 5. Je (Anne) redemande en permanence de repenser à notre communication et d’y ajouter beaucoup de douceur car dans ces moment-là… l’agressivité est très présente.
Nous devons également faire face à notre gestion de temps : Anne se sent très accaparée physiquement par ses journées à la crèche (7h15-15h45), puis de gérer le soir à la maison quand je suis encore sur ma mission avec les enfants de la fondation : les devoirs, le linge, le ménage, le repas du soir… Il nous faut du temps pour nous caler mais cela demande de bien exprimer les besoins de chacun. Anne demande aussi des temps en famille et mais de mon coté ma mission m’impose des horaires différents de ceux de Anne. Nous devons donc bien exprimer nos raisons de notre projet, revenir aux fondements pour ne pas perdre de vue le pourquoi de notre départ. Anne n’a pas encore assez d’énergie pour proposer le weekend des activités avec les enfants de la fondation mais essaye plutôt de se ressourcer auprès de nos enfants.
Je (Anne) ressens aussi le besoin de temps un peu seule car je suis en permanence entourée. J’aimerai aussi tellement progresser plus vite en espagnol que je me retrouve frustrée de ne pas pouvoir converser avec mes collègues et les parents des enfants de la crèche.
Nous savons également que les enfants présents dans la fondation ont un parcours et un contexte familial difficile (Violence physique et sexuelle, promiscuité dans leur habitation qui comporte pour la plupart qu’une seule pièce pour 4 ou 5). Nous commençons à en parler avec les enfants. Nous nous questionnons toujours jusqu’où nous pouvons aller dans les conversations puisque nos enfants aussi sont parfois témoins de situations liées aux autres enfants (colères, gestes de comportements…).
C’est aussi ces difficultés-là qui font parties du projet, c’est surtout la manière de les aborder. Le résultat est surtout de se sentir bien et d’être tolérant au rythme de chacun.






























